mardi 31 mars 2015

Josef von Eichendorff (1788-1857), in “Scènes de la Vie d’un Propre à Rien.”

Non, voyager comme les autres ne me tente pas le moins du monde : chevaux, café, draps frais, bonnets de nuit et tire-bottes, le tout commandé d’avance ! Alors que ce qui est magnifique, c’est justement de sortir de bon matin quand les oiseaux migrateurs passent haut dans le ciel et de ne pas savoir le moins du monde quelle cheminée fume déjà pour nous, ni à quelle aubaine nous attendre avant le soir .

Kajita Hanko (1870-1917), Jeune Femme courant dans la Neige – 1900/17


Michal Wywiorski (1861-1926), Pejzaż zimowy z przydrożną kapliczką.


Johan Fredrik Eckersberg (1822-1870), Vallée de Romsdalen – 1857


Henry John Stock (1853-1930), Jezebel – 1882


Henry Ryland (1856-1924), Maiden With A Laurel Wreath.


Eduard Adrian Dussek (1871-1930), Märchen – 1931.


Thomas Nast (1840-1902), On the Red Danube, “Bless You My Children”, Harper’s Weekly – 16 Juin 1877.


James Valentine (1815-1879), Moray House, Edinburgh – 1850


Kawase Hasui (1883-1957), Siba Benten Ike – 1929


Thomas Benjamin Kennington (1856-1916), The New Sonnet.


Franz von Stuck (1863-1928), Die Sinnlichkeit – Gravure, 1889.


August Wilhelm Leu (1819-1897), Paysage de Fjord avec Glacier et Rennes – 1896


Adolph von Menzel (1815-1905), Intérieur d’église.


Armel Guerne (1911-1980), in « L’Âme Insurgée, écrits sur le Romantisme »

C’est pourquoi, je le dis ici, pour le salut de ce qui nous reste d’âme, pour l’honneur de l’esprit : jamais depuis l’origine du monde, depuis la création de la lumière et la séparation des eaux d’en haut et de celles d’en bas, ni à aucun moment au long de notre histoire depuis le tout premier commencement, jamais la poésie n’a été aussi nécessaire – quel que puisse être le nombre de ceux qui ne le savent pas – ni réclamé dans une urgence aussi abrupte et absolue l’indispensable chant secret de cette pauvresse splendide, fille sauvage de la Providence et seule héritière directe des hautes évidences premières, qui fait la honte du monde dit “civilisé” – et singulièrement de la France où elle est méprisée, ignorée, rejetée de nos jours plus et mieux que partout ailleurs. Parce qu’elle est l’enfant surnaturel du verbe et naturellement l’avocate de l’âme insurgée, donc de plain-pied avec l’Apocalypse, la poésie est par essence le seul langage encore assez vivant, encore assez armé, encore assez puissant et entier, assez près du mystère aussi de la parole, pour emporter d’assaut les forteresses de l’inertie et crever le béton des citadelles du mensonge, portant en elle un grain de vérité humaine qui peut germer encore, une semence de beauté qui fleurira dans la hideur, de saints pollens de l’immortelle simplicité et même, pour certains, l’amande du noyau du fruit intemporel qui fait lever dans l’âme, puissamment, un arbre superbe avec le bruissement vivant de son feuillage, le creusement très doux du bleu des ombres et la visite claire des oiseaux qui le feront sourire. Autour de sa sagesse pivotent les saisons. Jamais un mot. Il lave l’air intimement. Il appelle la pluie d’en haut. Il fertilise les déserts. Et c’est sur lui, significativement, sur ce mage majestueux que s’abat, depuis un quart de siècle, la main meurtrière de ce qu’on nomme le progrès !

John Martin (1789-1854), The Assuaging of the Waters – 1840


Alfred Brisard (1861-1906), Le Buveur d’Absinthe – 1891


Theodor Kittelsen (1857-1914), Apokalypse Döden – 1906


Franz von Stuck (1863-1928), Portrait de la Danseuse Saharet.


Stepan Kolesnikoff (1879-1955), Scène Hivernale.


František Kupka (1871-1957), La Voix du Silence – 1903


Henry John Stock (1853-1930), The Aspiration of a Soul While Listening to Music – 1881


Fernand Khnopff (1858-1921), Paganisme – 1910


Arnold Böcklin (1827-1901), L’Aventurier – 1882


Armel Guerne (1911-1980), in « L’Âme Insurgée, écrits sur le Romantisme »

On ne devrait jamais l’oublier, la vie n’est pas un état mais un risque, et qui s’ouvre toujours plus. Grandiose. Une conquête qui n’en finit pas. Un voyage – au sens où Schubert l’a certainement vécu – mais un voyage incertain et dur, à la mesure de ceux, et de ceux-là seuls, qui sont capables de marcher.
Il vaut donc mieux, croyez-moi, ne pas trop se fier aux ruminants intellectuels qui vivent à la ferme, engrangeant le foin et la paille de leurs savoirs récoltés. Les hommes de cabinet, laissez-moi vous le dire, ne font pas de bons compagnons de route.
Vivent les hommes de plein vent !

George Frederic Watts (1817-1904), Europa – 1870


Juana Romani (1869-1924), Portrait de l’Artiste en Salomé – vers 1898


William Blake (1757-1827), Titania, Oberon & Puck with Fairies Dancing – 1786


Bruno Liljefors (1860 – 1939), Skogsglänta Med Dimstrak – 1890


Jan van Beers (1852–1927), L’Empereur Charles Quint Enfant – 1879


Jan van Beers (1852–1927), Il m’aime, Il ne m’aime pas…


Marceli Harasimowicz (1859-1935), Mokradla – 1919


John Francis Murphy (1853 – 1921), Early Snow – 1884


Aleksey Savrasov (1830-1897), Les Corneilles sont Arrivées – 1872


Julius von Klever (1850-1924), Paysage d’Hiver avec une Hutte.


Julius von Klever (1850-1924), Cimetière Couvert de Neige – 1890


Carl Larsson (1853-1919), Jeune Femme Allongée sur un Banc – 1913


August Kopisch (1799-1853), Die Pontinischen Sümpfe bei Sonnenuntergang – 1845


Firmin Baes (1874-1943), La Leçon de Piano – 1899


Franz Hofstoetter (1871-1958), Portrait Symboliste d’une Jeune Fille – 1900


Arkhip Kuindzhi (1841-1910), Coucher de Soleil – 1908


Victor Prouvé (1858-1943), Les Fiancés – 1897


Ellen Favorin (1853-1919)


Kawase Hasui (1883-1957), Autoportrait au Temple de Kiyomizu, Kyoto – 1933


Lionello Balestrieri (1872-1958), Pittrice e Pianista – 1910


Norton Bush (1834-1894), Campfire Scene – 1885


Armel Guerne (1911-1980), extrait d’une lettre à Emil Cioran – 1978

Il n’y a pas beaucoup de raisons de vivre, je l’admets, mais il y en a une infinité de ne pas mourir – ne serait-ce que toutes celles qui complotent à nous faire crever !

George Sanders (1906-1972) in « Mémoires d’une Fripouille »

Ma méchanceté était d’un genre nouveau. J’étais infect mais jamais grossier. Une espèce de canaille aristocratique. Si le scénario exigeait de moi de tuer ou estropier quelqu’un, je le faisais toujours de manière bien élevée et, si j’ose dire, avec bon goût. En plus je portais toujours une chemise impeccable. J’étais le type de traître qui détestait tacher de sang ses vêtements ; pas tellement parce que je redoutais d’être découvert, mais parce que je tenais à demeurer propre sur moi.

Samuel Colman (1780-1845), The Tryst


Remy de Gourmont (1858-1915), Oraisons Mauvaises.

I

Que tes mains soient bénies, car elles sont impures !
Elles ont des péchés cachés à toutes les jointures ;
Leur peau blanche s’est trempée dans l’odeur âpre des caresses
Secrètes, parmi l’ombre blanche où rampent les caresses,
Et l’opale prisonnière qui se meurt à ton doigt,
C’est le dernier soupir de Jésus sur la croix.

II

Que tes yeux soient bénis, car ils sont homicides !
Ils sont pleins de fantômes et pleins de chrysalides,
Comme dans l’eau fanée, bleue au fond des grottes vertes,
On voit dormir des fleurs qui sont des bêtes vertes,
Et ce douloureux saphir d’amertume et d’effroi,
C’est le dernier regard de Jésus sur la croix.

III

Que tes seins soient bénis, car ils sont sacrilèges !
Ils se sont mis tout nus, comme un printanier florilège,
Fleuri pour la caresse et la moisson des lèvres et des mains,
Fleurs du bord de la route, bonnes à toutes les mains,
Et l’hyacinthe qui rêve là, avec un air triste de roi,
C’est le dernier amour de Jésus sur la croix.

IV

Que ton ventre soit béni, car il est infertile !
Il est beau comme une terre de désolation ; le style
De la herse n’y hersa qu’une glèbe rouge et rebelle,
La fleur mûre n’y sema qu’une graine rebelle,
Et la topaze ardente qui frissonne sur ce palais de joie,
C’est le dernier désir de Jésus sur la croix.

V

Que ta bouche soit bénie, car elle est adultère !
Elle a le goût des roses nouvelles et le goût de la vieille terre,
Elle a sucé les sucs obscurs des fleurs et des roseaux ;
Quand elle parle on entend comme un bruit perfide de roseaux,
Et ce rubis cruel tout sanglant et tout froid,
C’est la dernière blessure de Jésus sur la croix.

VI

Que tes pieds soient bénis, car ils sont déshonnêtes !
Ils ont chaussé les mules des lupanars et des temples en fête,
Ils ont mis leurs talons sourds sur l’épaule des pauvres,
Ils ont marché sur les plus purs, sur les plus doux, sur les plus pauvres,
Et la bouche d’améthyste qui tend ta jarretière de soie,
C’est le dernier frisson de Jésus sur la croix.

VII

Que ton âme soit bénie, car elle est corrompue !
Fière émeraude tombée sur le pavé des rues,
Son orgueil s’est mêlé aux odeurs de la boue,
Et je viens d’écraser dans la glorieuse boue,
Sur le pavé des rues, qui est un chemin de croix,
La dernière pensée de Jésus sur la croix.

Charles Lepec (1830- ?), La Tarrasque – 1874


Edouard Cibot (1799-1877), Les Anges Déchus – 1833


Wladyslaw T. Benda (1873-1948), La Terre avec la Voie Lactée et la Lune – 1918


Gustaf Tenggren (1896-1970), Illustration pour “Siegfried” de Richard Wagner.


Edwin Long (1829-1891), Henry Irving as Hamlet – 1880


Gustave De Smet (1877-1941), Eve ou la pomme.