mercredi 25 juillet 2018

Mireille Havet (1898-1932), extrait de son “Journal″, 10 mai 1922.

Je dévore l'univers. […] J'achète à crédit sur l'œuvre future, j'achète, j'achète. Tu ferais mieux de rester à lire, à écrire, de chercher à gagner  ta vie, me dit-on ! Insensés que vous êtes, ignorez-vous donc que chaque jour m'approche des cendres mortelles de la vieillesse,que ce temps de grâce est unique, que mon règne sera aussi court que le vôtre, que, dès trente ans peut-être, j'aurai perdu ce goût et cette hardiesse qui me donnent seuls l'insouciance de vivre, le désir de plaire, l'égoïsme du joueur, et une beauté plus passagère encore que les dons de l'âme. […] Vivre ! Vivre. Extraire de tout le maximum et plus encore. Ah! si vous saviez comme tout est rare, comme rien ne recommence, comme on ne rattrape rien.

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