dimanche 25 septembre 2016

Hugues Rebell (1867-1905), Le Cantique de l'Esclave (extrait, in "Les Chants de la Pluie et du Soleil")

Je rêve du ciel et de la mer.
C'est le soir; le soleil a des somptuosités magnifiques;
A pleins flots, l'Océan roule rubis et pierreries ; Et les grands nuages violets courent vers l'Est, précédés de la fine et légère troupe des nuées, comme des armées en déroute et des chœurs dansants de nymphes en robe de neige.
Je rêve du ciel et de la mer.
Les ailes blanches planent.
Et des nefs, toutes voiles dehors, fendent la vague.
Quelle belle hardiesse ! Comme elles voguent, sereines, sans crainte du flot ni du vent.
Elles vont ; elles vont
Vers les pays au loin, vers les pays des bois odorants,
des fleurs larges, où la vie pour l'homme est un sommeil aux lumineuses visions.
Elles vont, elles vont...
Et moi je suis immobile; et tu me serres encore contre ton sein comme si tu craignais de me perdre, de me voir partir.
Ah ! quelle prison m'est ton alcôve, avec son plafond bas, où sur un ciel de nuages folâtrent de petits culs d'amours, avec ses tentures fermées pour plus de mystère...
Belle, belle, le soleil resplendit au dehors, le soleil qui ranime la volonté, le soleil qui crée les hommes d'action et les poètes.
Des vaisseaux partent, des vaisseaux partent pour les terres lointaines...
Je rêve du ciel et de la mer.

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