dimanche 23 octobre 2016

Marguerite Yourcenar (1903-1967), Cantilène pour un Visage.

Pulpe sanglante de l’été
Divisant la chair d’une face ;
Double lac d’immobile glace
Sous la paupière, orbe bleuté.

Dents picorant parmi les roses ;
Narines, portail aux parfums ;
Larges plans ronds où se reposent
Les hâles des soleils défunts.

Visage où ne bat aucun rêve,
À peine beau, presque enfantin,
Visage craintif où se lève
Le sourire, ainsi qu’un matin.

Visage où l’eau des larmes flue
Comme un ruisseau dans un verger,
Coffret charnel de l’âme tue,
Visage humain, masque étranger.

L’immuable beauté des pierres
Vit en toi, dur masque tranchant,
Et quand tu fermes les paupières,
Je crois voir le soleil couchant.

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