dimanche 29 janvier 2017

Léon-Paul Fargue (1876-1947), extrait de "L'Exil" - Sous la lampe.

... Fais-moi quitter mon corps visible.
J'escaladerai les échelles
Des épreuves et des blessures,
Je traverserai les systèmes,
Incube de tous les soleils,
Goutte de feu, goutte de boue,
Dans ma soif de te reconnaître.
Sans toi, sans ta douceur sévère,
Ma vie est le rêve d'un rêve
Hanté de fantômes trop tendres. ...

Gustaf Adolf Christensen Fjæstad (1868-1948), Traces dans la Neige au Clair de Lune - 1899


Gustaf Fjaestad (1868-1948), Paysage d'Hiver - 1908


Robert de Montesquiou (1855-1921), Armenta (Hommage à Louis II de Bavière).

Ce fut le pasteur du Cygne,
Ce Louis d'Hohenschwangau,
Qu'un cygne, au faîte, désigne
Qu'eut aimé Victor Hugo.

En bas un cygne au ciel lance,
Dans un mélodique heurt,
De son bec en fer de lance,
Un jet d'eau dont le chant meurt.

Entre ce veilleur insigne
Et ce gardien merveilleux,
S'ébranle une blanche ligne
D'oiseaux pleins de reflets bleus.

Ce fut une exquise idée,
Un miracle qu'eut offert,
Plus rare qu'une orchidée,
Ce château dont j'ai souffert,

Si, par l'impulsion forte
D'un décorateur-Wagner,
La cycniforme cohorte
N'eut pas joué son faux air.

Quand bois, pierre, marbre, étoffe,
Cuir, kaolin et métal
Auraient entonné leur strophe
De pâte-tendre à cristal !

Voici le traîneau que tire
La neige au plumage blanc;
Louis-Tibère-Tityre,
Le mène d'un geste lent.

C'est un Cygne encor qui traîne
La nef de ce Lohengrin,
Qui n'a pour maître, et pour reine,
Que solitude et chagrin,

Il meurt enfin, comme un cygne;
L'eau du lac est son linceul,
Et, son chant qui se résigne,
Je l'ai recueilli, moi seul.

Et le dieu des cygnes t'ouvre,
O Roi, pour ton Parthénon,
Pour ton Ciel, et pour ton Louvre,
L'astre qui porte son nom !

Władysław Podkowiński (1866-1895), La Marche Funèbre de Chopin - 1894


Renée Vivien (1877-1909), Invocation à la Lune.

Ô Lune chasseresse aux flèches très légères,
Viens détruire d’un trait mes amours mensongères !
Viens détruire les faux baisers, les faux espoirs,
Toi dont les traits ont su percer les troupeaux noirs !

Toi qui fus autrefois l’Amie et la Maîtresse,
Incline-toi vers moi, dans ma grande détresse !…
Dis-moi que nul regard n’est divinement beau
Pour qui sait contempler le grand regard de l’eau !…

Ô Lune, toi qui sais disperser les mensonges,
Éloigne le troupeau serré des mauvais songes !
Et, daignant aiguiser l’arc d’argent bleu qui luit,
Accorde-moi l’espoir d’un rayon dans la nuit !

Ô Lune, toi qui sais rendre l’âme à soi-même
Dans sa vérité froide, indifférente et blême !
Ô toi, victorieuse adversaire du jour,
Accorde-moi le don d’échapper à l’amour !

Reinhold Begas (1831-1911), Prometheus - 1900


Enrique Serra y Auque (1859-1918), L'Heure Dorée.


Enrique Serra y Auque (1859-1918), Marais pontins au crépuscule - 1896


Norman Lindsay (1879-1969), Satyr and Nymph.


Constantin Meunier (1831-1905), Le Grisou. Femme retrouvant son fils parmi les morts - 1889.


Victor Segalen (1878-1919), Extase.

Suis-je ici vraiment ? Suis-je parvenu si haut ?
Paix grande et naïve et splendeur avant-dernière,
Touchant au chaos où le Ciel qui plus n'espère
Se referme et bat comme une ronde paupière.

Comme le noyé affleurant l'autre surface
Mon front nouveau-né vogue sur les horizons.
Je pénètre et vois. Je participe aux raisons.
Je tiens l'empyrée, et j'ai le Ciel pour maisons.

Je jouis à plein bord. De tous mes esprits. J'irrite
Mes sens élargis au-delà des sens, plus vite
Que l'esprit, que l'air. Je me répands sans limites,
J'étends les deux bras : je touche aux deux bouts du Temps.

samedi 28 janvier 2017

Victor Ségoffin (1867-1925), Judith et la tête d'Holopherne - 1896


Victor Ségoffin (1867-1925), Thérèse Combarieu - 1904


Norman Lindsay (1879-1969), Wind and the Furies - 1930


Josef Limburg (1874-1955), Le Regret - 1913


Alois Delug (1859-1930), Die Nornen - 1894


Ferdinand Keller (1842-1922), Walküre - 1899


Josef Müllner (1879-1968), Denkmal „Siegfriedskopf“ - 1923 (restauration en 2006)




Ivan Fedorovich Choultse (1877-1932), Coucher de Soleil sur le Lac - 1903


Adalbert Wex (1867-1932), Weite Moorseelandschaft im Abendlicht.


Adolph Tidemand (1814-1876), Jeune Etudiant.


vendredi 27 janvier 2017

Pierre de Régnier (1898-1943), Considérations

Je suis un personnage étrange,
Réaliste et paradoxal,
J'aime les pyjamas oranges,
L'amour, le chypre, les Pall-Mall.

J'aurai fait toutes les folies
Qu'on a pu faire à vingt-trois ans ;
Les femmes sont toujours jolies
Quand on est tendre et inconstant !

Mes malheurs sont inconcevables
Car je suis toujours en retard,
Mes amours incommensurables
Et mon cœur est un grand bazar.

Mon bonheur n'a pas de limites,
Je suis gai, philosophe et fou ;
Aussi je prends beaucoup de cuites
Et le hasard arrange tout.

Je bois mes nuits mélancoliques
En vieux noceur désabusé ;
Mes aurores sont romantiques
Et mes regrets désespérés...

Et quand, dans le matin qui passe,
Je me vois au soleil levant,
Je m'engueule devant la glace
Et je m'adore en m'endormant !

Evelyn de Morgan (1855-1919), The Storm Spirits - 1900


Evelyn de Morgan (1855-1919), Love is Passing - 1883/84


Evelyn de Morgan (1855-1919), Angel of Death - 1881


Evelyn de Morgan (1855-1919), The Angel with the Serpent.


Edward John Poynter (1836-1919), Asterie - 1904


jeudi 26 janvier 2017

Dante Gabriel Rossetti (1828-1882), The Damsel of Sanct Grael - 1857


John Melhuish Strudwick (1849-1937), Saint Cecilia - 1896


John Melhuish Strudwick (1849-1937), The Angel with the Lute - 1895


Albert Joseph Moore (1841-1893), Idyll - 1893


Dante Gabriel Rossetti (1828-1882), Head of a Woman, called Ruth Herbert - 1876


mercredi 25 janvier 2017

André Suarès (1868-1948), in Le Voyage du Condottiere.

La victoire sur soi-même: elle se passe de vos acclamations. Une action qui dédaigne tous les gestes désordonnés, qui refuse de se perdre dans les orages de la poussière et les remuements des dunes; une action qui s'en tient à l'essence de nous même, au soin de la racine, à la culture profonde de notre vigne, à la santé du cep, voilà mon fils, qui compte. Le seul orgueil d'en avoir fini avec toutes les ambitions vaines, et d'être le feu qui fait oraison à la lumière. Se conquérir sans cesse, pour atteindre à la connaissance suprême dans le suprême amour. Et dans le rien de tout, faire porter à ce néant la fleur d'un sourire qui ne doit pas se flétrir, voilà des conquêtes.

Dante Gabriel Rossetti (1828–1882), Jane Morris reading - 1870


Richard Wagner (1813-1883), Die Walküre, Acte I - Karl Elmendorff & Margarete Teschemacher (Sieglinde), Max Lorenz (Siegmund), Kurt Böhme (Hunding) - Sächsische Staatskapelle, 1944.


Paul Mak (1891-1967), Beauté russe - 1945


Gustav Klimt (1862-1918), Zwei Mädchen mit Oleander - 1890


Mikhaïl Lermontov (1814-1841), Le Torrent

En moi bouillonne un torrent
de passions inquiètes...
son lit est sablé d'argent ;
le ciel entier s'y reflète.
Mais d'impétueux remous
agitent le sable mou.
Et c'est un ciel noir d'orage
que réfléchit l'eau sauvage.

Avec nous naît ce torrent ;
il tarit avec nos veines ;
parfois, calme est son courant :
« bonheur », dit la langue humaine.
J'échangerais volontiers
le « bonheur » d'un siècle entier
contre trois jours de délire,
de volupté, de martyre !

Qu'il écume avec fureur
le torrent fou de ma vie,
saccageant la berge en fleurs...
Qu'une de ces fleurs ravies
suive le flot libertin
jusques au désert lointain
où mourront la fleur et l'onde,
amants oubliés du monde...

Thomas Cooper Gotch (1854–1931), Innocence - 1904


mardi 24 janvier 2017

Hans Thoma (1839-1924), Vue de Laufenburg - 1870


Hans Thoma (1839-1924), Saint Georges - 1889


Franz von Stuck (1863-1928), Ödipus Löst das Rätsel der Sphinx - 1891


John Anster Fitzgerald (1819-1906), Sea-Sprites in Flight.


Thomas Edwin Mostyn (1864-1930), An Enchanted Evening, Venice.


Thomas Edwin Mostyn (1864-1930), The Dream Castle.


Thomas Edwin Mostyn (1864-1930), A Sea View.


Thomas Edwin Mostyn (1864-1930), A Spring Song.


Luigi Rossi (1853–1923), Le Chant de l'Aurore.


Mikhaïl Lermontov (1814-1841), Les Nuages (1840)

Pèlerins gris du ciel, ô fraternels nuages,
par la steppe d'azur vous fuyez d'un vol lent.
Exilés comme moi, votre éternel voyage
vous entraîne du Nord vers le Midi brûlant.

Qui donc vous chasse ainsi ? Répondez; est-ce haine,
secrète jalousie, ou destins ennemis ?
Ou malédiction de quelque faute ancienne ?
Ou lâche trahison de quelques faux amis ?

Non ! Ce n'est que l'ennui des plaines infécondes...
Ni deuil, ni passion dans votre éther subtil :
éternellement froids et libres, par le monde
vous errez sans patrie et fuyez sans exil.

Hans Konrad Usteri (1795-1873), Paysage italien avec tempête approchante.


Henry John Yeend King (1855–1924), It was the night before Christmas.


Henry John Stock (1853-1930), A pale and glimmering light appeared before him - 1879


Mikhaïl Lermontov (1814-1841), Vue du Caucase - 1837/38


Mikhaïl Lermontov (1814-1841), Le Rêve (1841)

Midi brûlait : et je gisais inerte,
du plomb au cœur, dans l'âpre Daghestan ;
et sur mon sein fumait la plaie ouverte,
et goutte à goutte en ruisselait mon sang.

O Daghestan ! vallée aux sables fauves !
Tes rocs abrupts emprisonnaient mon corps,
et ton soleil brûlait leurs sommets chauves,
et me brûlait, endormi dans la mort.

Et je rêvais de nuits illuminées,
d'ardents festins dans mon pays natal,
où des beautés, de roses couronnées,
mêlaient mon nom aux échos du cristal.

L'une pourtant, par la pensée absente,
ne buvait point, et se taisait, rêvant.
Et sa jeune âme était dans l'épouvante
et dans la mort plongée étrangement.


E
lle rêvait d'une gorge déserte, 
des sables roux de l'âpre Daghestan :
un corps aimé là-bas gisait inerte,
et, noir et froid, de sa poitrine ouverte,
avec lenteur coulait, coulait mon sang.

John Atkinson Grimshaw (1836-1893), Sheperd with sheeps in a moonlit lane - 1877


John Atkinson Grimshaw (1836-1893), Full Moon behind Cirrus Cloud from the Roundhay Park Castle Battlements - 1872


Eleanor Fortescue-Brickdale (1871-1945), The Gift That Is Better Than Rubies - 1899