mardi 24 janvier 2017

Mikhaïl Lermontov (1814-1841), Le Rêve (1841)

Midi brûlait : et je gisais inerte,
du plomb au cœur, dans l'âpre Daghestan ;
et sur mon sein fumait la plaie ouverte,
et goutte à goutte en ruisselait mon sang.

O Daghestan ! vallée aux sables fauves !
Tes rocs abrupts emprisonnaient mon corps,
et ton soleil brûlait leurs sommets chauves,
et me brûlait, endormi dans la mort.

Et je rêvais de nuits illuminées,
d'ardents festins dans mon pays natal,
où des beautés, de roses couronnées,
mêlaient mon nom aux échos du cristal.

L'une pourtant, par la pensée absente,
ne buvait point, et se taisait, rêvant.
Et sa jeune âme était dans l'épouvante
et dans la mort plongée étrangement.


E
lle rêvait d'une gorge déserte, 
des sables roux de l'âpre Daghestan :
un corps aimé là-bas gisait inerte,
et, noir et froid, de sa poitrine ouverte,
avec lenteur coulait, coulait mon sang.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire