dimanche 29 janvier 2017

Robert de Montesquiou (1855-1921), Armenta (Hommage à Louis II de Bavière).

Ce fut le pasteur du Cygne,
Ce Louis d'Hohenschwangau,
Qu'un cygne, au faîte, désigne
Qu'eut aimé Victor Hugo.

En bas un cygne au ciel lance,
Dans un mélodique heurt,
De son bec en fer de lance,
Un jet d'eau dont le chant meurt.

Entre ce veilleur insigne
Et ce gardien merveilleux,
S'ébranle une blanche ligne
D'oiseaux pleins de reflets bleus.

Ce fut une exquise idée,
Un miracle qu'eut offert,
Plus rare qu'une orchidée,
Ce château dont j'ai souffert,

Si, par l'impulsion forte
D'un décorateur-Wagner,
La cycniforme cohorte
N'eut pas joué son faux air.

Quand bois, pierre, marbre, étoffe,
Cuir, kaolin et métal
Auraient entonné leur strophe
De pâte-tendre à cristal !

Voici le traîneau que tire
La neige au plumage blanc;
Louis-Tibère-Tityre,
Le mène d'un geste lent.

C'est un Cygne encor qui traîne
La nef de ce Lohengrin,
Qui n'a pour maître, et pour reine,
Que solitude et chagrin,

Il meurt enfin, comme un cygne;
L'eau du lac est son linceul,
Et, son chant qui se résigne,
Je l'ai recueilli, moi seul.

Et le dieu des cygnes t'ouvre,
O Roi, pour ton Parthénon,
Pour ton Ciel, et pour ton Louvre,
L'astre qui porte son nom !

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