mercredi 16 mai 2018

Stuart Merrill (1863-1915), Nocturne.

La blême lune allume en la mare qui luit,
Miroir des gloires d’or, un émoi d’incendie.
Tout dort. Seul, à mi-mort, un rossignol de nuit
Module en mal d’amour sa molle mélodie.

Plus ne vibrent les vents en le mystère vert
Des ramures. La lune a tu leurs voix nocturnes
Mais à travers le deuil du feuillage entrouvert
Pleuvent les bleus baisers des astres taciturnes

La vieille volupté de rêver à la mort
À l’entour de la mare endort l’âme des choses.
À peine la forêt parfois fait-elle effort
Sous le frisson furtif d’autres métamorphoses.

Chaque feuille s’efface en des brouillards subtils.
Du zénith de l’azur ruisselle la rosée
Pont le cristal s’incruste en perles aux pistils
Des nénuphars flottant sur l’eau fleurdelisée.

Rien n’émane du noir, ni vol, ni vent, ni voix,
Sauf lorsque au loin des bois, par soudaines saccades,
Un ruisseau roucouleur coule sur les gravois :

L’écho s’émeut alors de l’éclat des cascades.

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