mardi 31 juillet 2018

Antonin Artaud (1896-1948) in "Héliogabale ou L'Anarchiste Couronné"

Mais si Héliogabale passe de femme en femme comme il passe de cocher en cocher, il passe aussi de pierre en pierre, de robe en robe, de fête en fête et d'ornement en ornement.
A travers la couleur et le sens des pierres, la forme des robes, l'ordonnance des fêtes, des bijoux qui battent à même sa peau, son esprit fait d'étranges voyages. C'est ici qu'on le voit pâlir, qu'on le voit trembler, à la recherche d'un éclat, d'une aspérité à laquelle il s'accroche, devant la fuite effroyable de tout.
C'est ici que se manifeste une sorte d'anarchie supérieure où sa profonde inquiétude prend feu ; et il court de pierre en pierre, d'éclat en éclat, de forme en forme, et de feu en feu, comme s'il courait d'âme en âme, dans une mystérieuse odyssée intérieure que personne après lui n'a plus refaite.

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